Présentation de la discipline

Le design et les arts appliqués : propositions de définitions

En 1947, L. Moholy Nagy, qui enseigna au Bauhaus, écrivait : « Le design a d'innombrables concertations. Il est l'organisation en un équilibre harmonieux de matériaux, de procédés et de tous les éléments tendant à une certaine fonction. Le design n'est ni une façade, ni l'apparence extérieure. Il doit plutôt pénétrer et comprendre l'essence des produits et des institutions. Sa tâche est complexe et minutieuse. Il intègre aussi bien les besoins technologiques, sociaux et économiques, que des nécessités biologiques ou les effets psychologiques des matériaux, la forme, la couleur, le volume, l'espace. Le designer doit voir, au moins d'un point de vue biologique, l'ensemble et le détail, l'immédiat et l'aboutissement. Il doit concevoir la spécificité de sa tâche par rapport à la complexité de l'ensemble. Sa formation doit porter tant sur l'utilisation des matériaux et des technologies que sur la connaissance des fonctions et des systèmes organiques ».

Le design est une discipline née des problèmes posés par la production industrielle. Cette discipline s'est très largement développée durant tout le cours du XXe siècle. […] Proposée par T Maldonaclo en 1961 à Venise et adoptée par l'ICSID (Conseil International des Sociétés de Design Industriel), la définition officielle du design est ainsi formulée : « Le design est une activité créatrice qui consiste à déterminer les propriétés formelles des objets que l'on veut produire industriellement. Par propriétés formes des objets, on ne doit pas entendre seulement les caractéristiques extérieures, mais surtout les relations structurelles qui font d'un objet ou d'un système d'objets une unité cohérente, tant du point de vue du producteur que du consommateur ».
Le concept « design » contient cette double notion : à la fois ce qui peut se projeter, se programmer, se préparer à l'avance et à la fois ce qui peut trouver une forme concrète, être un dessin, un modèle, un plan. Selon les designers français de l'UFDI (Union Français des Designers Industriels), « La profession de créateur industriel a pour vocation, après analyse technologique, économique et esthétique, exhaustive, de créer les formes, matières, couleurs, structures permettant d'améliorer tous les aspects de l'environnement humain conditionnés par la production industrielle, qu'il s'agisse de création (ou design) de produits, de création (ou design) graphique, de création d'environnement ou d'ambiance visuelle ». […]
Si le design industriel est une discipline reconnue sur le plan international autant au niveau de la pratique que de la recherche, il est urgent d'accepter un vocabulaire qui facile les contacts et les échanges internationaux. Un besoin d'information et d'échanges profonds existe entre concepteurs, designers et ingénieurs responsables dans différents pays. Un langage commun est le premier pas indispensable vers la communication. Le terme « design » permet de réunir, dans un même esprit, des concepteurs de domaines différents : architecture, ingénierie, produits nouveaux, ergonomie, graphisme. Il est compris sans ambiguïté par les professionnels au niveau international. En France, ceci a donné lieu à une polémique et à des discussions qui ont conduit à proposer des succédanés, comme « stylisme » ou encore « esthétique industrielle » contraignant d'abord à expliquer subtilement le design par ce qu'il n'est pas tout à fait, et non par ce qu'il est réellement.

Design : dessein (intention, projet) et dessin (forme, modèle)

Éléments de design industriel, Danielle Quarante, Éd. Polytechnica, 3e édition, 2001

 

L'indétermination sémantique du mot design, aujourd'hui employé pour qualifier des pratiques créatives dans des domaines très diversifiés, induit des traductions et des interprétations différentes. Les traditions propres à chaque pays – Arts & Crafts pour les Britanniques et les Américains, Art Nouveau pour la presque totalité du monde, arts décoratifs et Art Déco pour la France, rationalisation et standardisation pour l'Allemagne, sociales pour la Scandinavie, politiques dans les pays totalitaires, artisanales dans les pays en développement – sont culturellement et économiquement fondatrices de la pratique du design. Si l'on admet que le mot contient à la fois le dessin et le dessein, que le design implique la conception d'un objet en vue de sa production industrielle ou de série, que l'on soit alors décorateur, ensemblier, architecte d'intérieur, créateur de mobilier, céramiste, verrier, graphiste ou encore meublier (terme aujourd'hui à peu près disparu) relève de compétences propres à chacun, que les anglo-saxons ont coutume de précis en (industrial designer par exemple) mais que la traduction française ignore. Interviennent également d'autres facteurs comme la chronologie – il semble difficile d'être designer avant l'apparition du terme – ou la mode – d'aucuns réfutent aujourd'hui l'appellation de designers et veulent être des créateurs. Les designers sont de toute évidence des créateurs : concevoir un meuble ou une machine- outil engage des processus identiques à ceux mis en oeuvre pour la création d'un tableau ou d'une sculpture.

Dictionnaire international des arts appliqués et du design, Arlette Barré-Despond, Éd. du Regard, 1996

 

On entend par arts appliqués l’ensemble des créations et productions artistiques, hors des champs strictement pictural, architectural ou sculptural (beaux-arts), entretenant toutefois un rapport intime avec ces mêmes champs. Lié à l’artisanat ou à l’industrie, le qualificatif « arts appliqués » n’apparaît que vers 1860 (Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie, créée en 1864, remplaçant la Société du progrès pour l’Art Industriel, datant de 1858). La culture française, marquée par trois siècles d’Académie, a durablement hiérarchisé en catégories les activités artistiques, distinguant les arts nobles (beauxarts) des arts dits mineurs (orfèvrerie, céramique, verrerie, tapisserie, ébénisterie, décoration…), ce qui sous-entend ainsi une perte d’autonomie de ces arts par les liens qu’ils entretiennent avec leurs supports. Ces arts mineurs sont aujourd'hui regroupés dans la notion de « métiers d'art ». À l'opposé de la culture française, les cultures allemande et suisse ont, dès la fin du XIXe siècle, non seulement dépassé ces clivages en élargissant la création à la photographie, la typographie, l’affiche, la communication visuelle, le design, mais, plus encore, établi des rapports avec le monde industriel à travers des écoles, des groupes ou des associations artistesindustriels (Deutscher Werkbund, Bauhaus, Kunstgewerbeschule, Wiener Werkstätte…).

Chronologie d'histoire de l'art, Dominique Chapon, Éd. Larousse, 1997

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