ESAAB Nevers /// « Par nos propres efforts. Documenter, lire, opérer et montrer les « manières de faire »

   SYNTHÈSE   

1 - Journée d'étude "Où en sommes-nous avec la culture technique?" le 27 novembre  2017. rencontre discussion entre Caroline Maniaque-Benton et Pierre-Damien Huyghe + Corpus d'une soixantaine d'ouvrages divers sélectionnés spécialement pour l'occasion.


 
2 - Production des meubles-supports de médiation à partir de l’ouvrage emblématique d'Enzo Mari : Proposta per un’Autoprogettazione, après consultation et lectures du corpus par les étudiant.e.s. Photographies opérées par les DSAA1 mention Espace, sous la dir. de Sébastien Wampach, Décembre 2017.


 
3 - Atelier de production avec Barnabé Chaillot (association « L’énergie Autrement ») du 22 au 26 Janvier 2018.


 
Ce travail donne lieu à deux expositions en préparation et à une publication :
-          Une scénographie d’interprétation libre présentera les expériences menées lors des workshops et sera produite par les étudiant.e.s pour les journées portes ouvertes de l’Ésaab le 10 Mars 2018.
-          À partir du 24 Mars 2018, une exposition inédite du travail de Barnabé Chaillot au sein de l’espace Ravisius Textor (http://www.ravisiustextor.eu centre-ville de Nevers). Cet événement permet de redécouvrir, en présence de l’auteur, certaines de ces expériences, sa démarche, avec une activation préparée pour le vernissage qui invitera le public à une conversation conviviale.
-          Publication d’un journal par les graphistes Sacha Léopold et François Havegeer (Syndicat: http://www.s-y-n-d-i-c-a-t.eu). Mars 2018.
Titre : Par nos propres efforts. Documenter, lire, opérer et montrer les manières de faire.
Contenu :
Introduction de Grégory Marion :
« Prolégomènes aux techniques comme portées »
Article de Caroline Maniaque-Benton :
« Quelques exemples pédagogiques favorisant la production éditoriale de manuels »
 
  DÉTAIL  

> Le Lundi 27 Novembre 2017 :
Une après-midi autour de la question de la décentralisation des techniques, où sont intervenus Caroline Maniaque (architecte et historienne, auteure de Go West ! Des architectes au pays de la contre-culture) et Pierre-Damien Huyghe (philosophe, professeur à Paris 1, auteur d'À quoi tient le design).

Introduction à l’après-midi d’étude : « Où en sommes-nous avec la culture technique ? »
 
Un objet technique n’est pas nécessairement voué à s’objectiver en un bloc fonctionnel énigmatique; on peut aussi l’approcher comme un organisme composé de formes en synergie qu’il s’agit d’exprimer franchement. Suivant cette attitude, la responsabilité du designer  n’abandonne pas l’organisation des fonctions pour la forme, aux seules expertises des techno-logues, qu’ils soient savants, industriels, ingénieurs, ou commerçants. Pour cela, il est souhaitable de cultiver, de développer l’inventivité technique et l’esprit critique, tant sur le plan des connaissances théoriques que des savoir-faire effectifs. «Par nos propres efforts» pourrait être le leitmotiv de cette volonté.
Partant de l’héritage que forment les manuels, journaux, revues, catalogues, déposant par écrit des manières de faire avec les techniques, l’après-midi d’étude du lundi 27 novembre, inaugure la séquence « Par nos propres efforts ». Intitulée « Où en sommes-nous avec la culture technique ? », cette rencontre propose deux conférences et une conversation entre Caroline Maniaque-Benton et Pierre-Damien Huyghe. La discussion interrogera notamment les traductions qui font d’une opération technique effective une mise en récit et réactivent dans les conditions des techniques contemporaines, le genre plus ancien de la "réduction en art" :
 « Rassembler des savoirs épars, fragmentaires et souvent non-écrits, les mettre en ordre méthodique à l’aide des mathématiques, de la rhétorique, de la figuration. Contribuer ainsi au bien public. Si la définition est complexe, c’est que l’opération par laquelle on voulut, à l’époque moderne, diffuser par l’écrit et par le dessin les savoirs ainsi formalisés ne l’était pas moins. L’enjeu était à la fois simple et capital: faciliter les choix techniques des « hommes de l’art » et rendre accessibles au plus grand nombre des savoirs jusqu’alors partagés par les seuls « gens du métier ». La tradition en était lointaine, puisqu’elle remontait à l’époque romaine et les modèles convoqués à partir de la Renaissance avaient pour nom Cicéron, Vitruve, Columelle, Végèce… […] De nombreux domaines s’y trouvent explorés : la danse, la gravure, la pédagogie du dessin, l’architecture, la peinture, mais aussi les mathématiques, la grammaire, l’art des mines, la juridiction de l’art de bâtir, l’escrime ou encore, la conduite de la guerre de siège. Derrière cette diversité, une unité : dans chacun de ces domaines, les injonctions formalisatrices de la réduction en art ont été appliquées. Mais aussi discutées, voire dénoncées. »
Hélène Vérin (dir.), Réduire en art : la technologie de la Renaissance aux Lumières,
Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2008, présentation de l’ouvrage.
 
Critiquant, entre autres, les effets de cette réduction, notamment sous l’espèce du « mode d’emploi », et soulevant des questions de méthode, cette après-midi tentera de croiser éclairages historiques et philosophie.

> Du 22 au 26 Janvier 2018 :
 
L’Ésaab a accueilli Barnabé Chaillot pour un atelier de production d'une semaine autour de la conception et fabrication d’un déshydrateur à fruits et légumes; Parallèlement à la production de l’artefact, le groupe des participants a réalisé un livret technique en libre-diffusion explicitant, le plus objectivement possible, par des dessins, schéma légendés, plans cotés, les différents organes du dessiccateur et leur agencement.
Barnabé est un technicien et bricoleur, spécialiste de l’énergie, fin connaisseur du bâtiment, à la fois scientifique éclairé, et faiseur chevronné, adepte de la permaculture et anarchiste dans l’âme ; c'est aussi un authentique chercheur doublé d’un personnage au sens de l’humour décapant. Parfois fulgurant et critique, tantôt plein d’autodérision libératoire, il est autoproducteur des films qu’il¬ diffuse sur la chaîne Youtube très suivie qui porte son nom : https://www.youtube.com/channel/UCg7HRuQ93hl9v8dTSt_XDHA/videos
Avec le réemploi et la reproductibilité comme principes, la frugalité volontaire qui caractérise sa production explore les possibilités d’une plus grande autonomie au sein de la vie quotidienne. Barnabé cherche à fortifier un rapport au monde libéré des entraves ou habitudes que la société consumériste et libérale impose à l’humanité contemporaine. Une des leçons de l’atelier pourrait d’ailleurs être que cette émancipation ne peut être effective qu’à partir où nous nous en fixons l’objectif « par nos propres efforts ». Ainsi, qu’il s’agisse d’un « poêle dragon »[1], d’une éolienne, d’un bélier hydraulique[2], de cultiver des carottes[3], ou encore d’un appareil permettant de produire de l’électricité par différentiel de température grâce à des modules Peltier[4], etc., explorant les quatre éléments, l’air, le feu, la terre et l’eau, Barnabé adopte une conduite heuristique qui se veut cohérente, en amont et en aval de la production des artefacts dont il diffuse l’expérience bricoleuse.

[1] Un « poêle dragon » est un type de foyer à bois performant. Aussi appelé « poêle de masse rocket » à cause du son qu'il produit en fonctionnant, semblable à celui d'une tuyère de fusée, cet objet technique est généralement associé à une fonction de chauffage et de cuisson des aliments. Barnabé Chaillot l’expérimente pour l’ouvrir à d’autres finalités et pratiques : four à poterie et pizza, fonderie d’aluminium, chaudière, et l’interroge plus globalement comme une source d’énergie renouvelable et autonome.
[2] Un « bélier hydraulique » permet de pomper de l'eau à une certaine hauteur en utilisant l'énergie d'une chute d'eau de hauteur plus faible, avec un dispositif mécanique et hydraulique. Source : Wikipédia.
[3] cf. vidéo de l’auteur : « Ep 25 : Fan de carottes » avec l'association kokopelli.
[4] cf. vidéo de l’auteur : « Ep 4 : Comment faire de la thermoélectricité avec un module peltier ? ».

   ÉQUIPE   

Caroline Maniaque-Benton
Contributrice, commissaire associée du corpus, invitée de la journée d’étude. Architecte, chercheure, domaine d’étude : «Les Histoires et cultures architecturales». Sa thèse, soutenue en 2006, a pour titre «Les architectes français et la contre-culture nord-américaine 1960-1975». Son mémoire d’habilitation à diriger des recherches s’intitule «La fabrique du Whole Earth Catalog». Elle est auteure de Go West! Des architectes au pays de la contre-culture (2014), et, en 2016, le Whole Earth Field Guide, aux M.I.T. press.

Pierre-Damien Huyghe
Contributeur invité de la journée d’étude. Philosophe et professeur à l’Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, Membre du Laboratoire d’Esthétique Théorique et Appliquée. Il dirige des études de niveau master et doctorat. Ses travaux portent sur la modernité, la technique et l’art et le design. Il a publié dernièrement: Art et industrie, philosophie du Bauhaus (1999, 2015), Le cinéma avant après (2012), À quoi tient le design (2014), Contre-temps. De la recherche et de ses enjeux (2017).

Barnabé Chaillot
Intervenant invité pour l’atelier de production, initialement directeur de projet agro-industriel, aujourd’hui technicien, bricoleur, chercheur en low technologie et, notamment via Youtube, activiste de l’énergie autrement.
http://energie-autrement.blogspot.fr
https://www.youtube.com/channel/UCg7HRuQ93hl9v8dTSt_XDHA

Grégory Marion
Enseignant-chercheur, commissaire du corpus et de l’exposition, direction du projet pédagogique « Par nos propres efforts ».
http://www.gregorymarion.net/resume                      

Sébastien Wampach
Professeurs associé, architecte diplômé d’état, commissaire associé de l’exposition.

Florence Aknin, Thierry Chancogne
Professeurs associés.

Ismène Amidey, Floriane Azouzi, Alexis Bonhommet, Virginie Brice, Clémence Buil, Anaïs Chabaud, Clara Chakri, Alexandre Dancoine, Johanna Denis, Marine Dinet, Thomas Durieux, Bérengère Even, Juliette Filion, Loïc Galland, Whitney Grandbois, Valentin Gressier, Pauline Henry, Dylan Jeannet, Florian Lainé, Zélie Lelandais, Lisa Marrot, Manon Mateu, Marion Moulin, Alexandra Naudet, Marie Pailhe-Belair, David Rozenblum, Cyrielle Ruemeli, Marine Tardy, Florence Tienvrot, Juliette Vignon, Roxane Vincent, Célia Yan
Étudiant.e.s de l’Ésaab en D.S.A.A. Design, 1ère et 2nde année, mention objet.

Sacha Léopold et François Havegeer (s-y-n-d-i-c-a-t)
http://www.s-y-n-d-i-c-a-t.eu
Graphistes.

Ésaab, Ravisius Textor
Lieux d’exposition.

Tombolo presses
Maison d’édition.